Texte de Philippe (expérience personnelle):


Je suis né un jour de ce monde, alors que je n'avais certainement rien demandé de tel. Dans mon enfance, j'ai côtoyé bien plus d'animaux que d'humains. Les humains étaient des camarades d'écoles, et ma famille, principalement. Les animaux, des volailles, des lapins, des vaches, des cochons, et quelques chiens.


Je suis né à la campagne, une place privilégiée pour voir naître et mourir plusieurs centaines d'animaux. Est-ce nécessaire d'en dire plus sur ma motivation de devenir végétalien ? C'est évident pour moi qu'ils sont conscients de vivre et d'exister: ils ont autant de sens que nous, et un cerveau. C'est évident à mes yeux que leur torture est étroitement liée à la consommation de cadavres. Les animaux sur le point d'être tués n'étaient pas indifférents à leur mort et à leur torture, ils avaient peur et essayaient de s'enfuir, de ne plus souffrir. Comment peut-on prétendre le contraire, sauf en croyant que les poissons sont des rectangles panés, et que les steacks hâchés poussent sur les arbres ? J'ai vu suffisamment d'êtres naître et être égorgés, des vagues successives, par centaines, pour n'avoir aucun doute sur leur capacité à être conscients.


Il m'aura fallu pourtant attendre mes 18 ans avant d'arrêter de les manger, étant influencé pendant l'adolescence, alors que je cherchais à savoir si autre chose que ce qu'on m'avait appris était valable. C'est mon intérêt pour le milieu Hardcore qui m'amena les informations. Le choc a été assez rude, j'ai évolué seul et assez rapidement, avec quelques lectures. A ce moment, beaucoup moins de monde se préoccupait de ce sujet : les pratiques de mon milieu d'origine m'apparaissaient sous leur jour le pluscruel, en toute conscience. Comme si je me réveillais en plein cauchemard. Du à digérer et à gérer, avec en prime les peurs véhiculées par mon entourage: "c'est une secte", "tu vas tomber malade", "tu fais ta crise"... Isolé dans la cage aux lions, fou parmi la norme omnivore, ou lucide dans la boucherie. Le décalage ne m'a jamais fait changer d'avis, l'habitude de la solitude depuis la naissance forge le caractère, même si le milieu où l'on vit oblige à faire des concessions, et que cette situation n'a jamais été confortable. J'ai fait des compromis avec mon milieu en buvant quelques verres d'alcool, car faire des écarts sur ce point était moins important pour moi, ça compensait mon intransigeance sur la consommation des produits issus de l'exploitation des animaux, pour ne plus être exclu, anormal. J'ai aussi accpeté de m'asseoir sur des sièges en cuir, de cohabiter avec des omnivores par exemple. Je n'ai jamias caché que je ne mangeais pas de viande pour ne pas tuer, et avec le temps, j'ai su mieux gérer mes relations avec mon entourage omnivore.


J'ai mis 1 an à devenir végétarien, puis après 5 ans, je suis devenu végétalien, car cette évolution était mon but : ne plus soutenir les élevages des animaux, que ce soit pour leur carcasse, leur lait, ou leur oeuf. Cette évolution a clairement modifié ma vie entière, sociale et affective. Difficile de trouver une place dans un lieu ou l'exploitation animale ne choque personne, où une bonne part des métiers y sont liés. S'imaginer une vie entière confrontée au même problème, à la même indifférence d'êtres pourtant sympathiques pour la plupart, mais qui ne changeront jamais leurs habitudes. Voir l'horreur, là où les autres voient un plat appétissant...

Les générations se succèdent, les vieux sont emportés avec leurs traditions, ce cycle est cruel, mais il laisse une place à l'évolution. Saurons-nous transmettre notre culture à temps avant que nous diparaissions nous aussi ? Saurons-nous la développer ? Et que faisons-nous dans ce but ?