Y-A-T-IL UN " Y " POUR REPASSER LE POLYESTER ?

Nous les filles on est toujours aussi nulles au foot, au flipper ou en mécanique. Si nous n'avons pas beaucoup progressé dans ces domaines (et nous pouvons l'avouer, nous n'en faisons pas un combat), il y en a d'autres où (à notre grande honte!) nous régressons.

Les gènes traditionnellement transmis à nos grand-

mères, et bien souvent à nos mères, tels que la couture, la broderie, le tricot sont bel et bien déficients, mais la perte de telles qualités féminines ne semble pourtant pas un handicap quotidien ! Ne sachant plus repasser les chemises, c'est au partenaire de choisir : se les repasser lui même, se les remplacer par un mélange à base de polyester, ou encore, dernière alternative, les confier à sa mère.

Evidemment nous sommes encore plus douées pour repriser les chaussettes, mais avec le temps nous pouvons espérer devenir aussi nulles que les mecs. Et cette nullité nous la revendiquons ! Nous ne savons plus mitonner les petits plats, choisir les slips assortis à la cravate ... de notre partenaire.

Et nous le clamons bien fort : nous ne comptons

pas faire partie de ces femmes en France passant 37 milliards* d'heures par an au travail domestique (contre 11 milliards pour les hommes) ce qui correspond à 7 milliards d'heures de plus que le temps passé au travail par la population française par an.

C'est d'ailleurs ce que démontrent les dernières enquêtes sur les couples de 18-25 ans : nous partageons un peu plus la lessive, la vaisselle comme les courses.

Ceci pourrait-il inaugurer une nouvelle ère du travail ménager pour nous ? Et bien non ! Car si nous avons beaucoup progressé en revendiquant notre nullité au travail manuel dit féminin, un gène beaucoup plus vivace reste prisonnier de notre ADN: " l'instinct maternel ".

Et oui malheureusement, ce n'est ni d'être jeune, ni de travailler qui est constitutif du partage des tâches et qu'un homme travaillant à plein temps passe 10 heures par semaine au travail domestique, une femme dans la même situation y passant en moyenne 3 fois plus de temps. Mais c'est bel et bien l'absence d'enfant qui permet ce partage.

L'expérience comme les statistiques le démontrent : si nous avons appris à certains gènes à faire grève, le gène maternel s'y refuse. C'est nous qui, irrémédiablement nous réveillons la nuit, changeons les couches, prenons un jour de congé pour l'amener au pédiatre...

Et c'est à ce moment précis, à la naissance, de notre premier bambin que la boucle se referme, et que nous rejoignons la moyenne nationale.

Nous passons ainsi, cinq fois plus de temps à la

cuisine et à la vaisselle, trois fois plus de temps à la lessive et au repassage, ainsi qu'aux soins aux enfants. Restent des exceptions où nos valeureux concubins passent 0,5 fois plus de temps que nous : pour l'entretien des véhicules, le jardinage, et la sortie du chien.

Ce qui signifie qu'aujourd'hui être une femme (même jeune), travaillant à plein temps tout en ayant un enfant, amène à une moyenne médiocre de 68 heures par semaine de travail contraint.

Alors à quand la grève des mères ?

Prisca

Source: "Peut-on mesurer le travail domestique?", économie et statistiques 1981, INSEE (Les dernières enquêtes bien que plus qualitatives montrent une évolution de quelques minutes). Marie Pas Claire, 115 bd.Voltaire, 75011 PARIS