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FIER D'ETRE MISOGYNE : LE HEAVY METAL Le Heavy Metal dit : " Ce n'est pas parce qu'on est blanc, laid et con qu'on n'a pas le droit de se fendre la gueule. Au contraire ! Double dose. Double gnôle, double meufs. Pour compenser. " L. Chalumeau, Fuck Le Heavy Metal c'est quoi ? A vrai dire j'ai pas encore parfaitement compris (m'échappe toujours, en particulier, la délicate nuance entre Heavy Metal et Hard Rock). Mais je peux vous dire qui c'est. Black Sabbath, Iron Maiden, Metallica, Led Zeppelin, tout ça. Plus des groupes appartenant à une bonne dizaine de sous genres variés (et totalement obscurs à mon entendement) : Death Metal (Slayer par exemple), Speed Metal (Môtôrhead), etc. Mais fi de ces subtilités, vous avez déjà compris où je veux en venir: tout ça c'est rien que des affreux sexistes. Tu parles d'une révolution. A bien y regarder (quoique... un rapide coup d'oeil peut suffire), toutes les scènes musicales sont sexistes. Certes. Mais le Heavy Metal (que j'abrégerai HM) enfonce tous ses concurrents, de très très loin. Comprenez bien: le sexisme, ou d'ailleurs plutôt la misogynie, est le fond de commerce du hard. Rappelons les faits: Les pochettes d'album avec des nanas genre fringues cuir minuscules + cuissardes, chevelure "sauvage" (c'est pour expliciter le lien femme/animalité à ceux qui sont un peu lent), regard avide, bouche entrouverte, quasi à quatre pattes, c'est le Heavy Metal (exemple, je vous décrit tout ça de mémoire: une pochette de Scorpion). Les paroles avec appel au viol ou à la violence dans les rapports sexuels, c'est le Heavy Metal. Voir, par exemple, W.A.S.P. (auteur de nombreux titres conjuguant sexe et violence : Animal (Fuck like a beast), Love Machine ou encore The torture never stops), Guns and Roses, ou Iron Maiden, dont voici un extrait de la prose : "Bats-la, maltraite la, fait tout ce que tu veux / Mords-la, excite la, fais-la se mettre à genoux / Insulte la, abuse d'elle, elle peut prendre tout ce que tu as / Caresse la, moleste la, elle fait toujours ce que tu veux" (22 Acacia Avenue). Petite note explicative en passant: cette chanson parle d'une prostituée et réussit l'exploit de cumuler à peu près tous les clichés et les formes de mépris envisageables sur le thème: la femme en question accepte aveuglement toutes les violences, elle fait ça gratuit pour l'aimable chanteur qui, bien sûr, après l'avoir recommandée à tous ses potes (avec le mode d'emploi que nous avons vu), lui fait la morale ("c'est pas bien, tu le regretteras") et finit par l'arracher de force à sa mauvaise vie (malgré l'intolérable irrésolution de la question clef : "tu aimes ça ou tu le fais pour le fric?"). Et ces braves gens vendent à des millions d'exemplaires. C'est curieux, je me sens lasse tout à coup. Le Heavy Metal (pas que lui notez) c'est encore la dichotomie pute/sainte. Ah, attendez ! Là il y a quand même une variante: une femme (une vraie, pas une femme évoquée dans les textes des chansons, non, une hard rockeuse) peut aussi choisir de faire semblant d'être un mec. Si elle se fringue comme un mec; si elle la joue "dur", ou pour être plus claire, macho; si elle dose savamment sérieux et séduction physique (alors là, attention, très difficile! Le truc c'est qu'il faut bien montrer qu'on est pas une femme, c'est-à-dire nécessairement un objet sexuel, mais néanmoins prouver qu'on adhère aux rôles sociaux de genre), alors, peut-être, si elle se fait pas trop remarquer, on la tolérera. Dans les chansons par contre, on se limite aux catégories de bases: pourvoyeuse de services sexuels ou petite créature faible dont le seul intérêt est de se faire sauver. Dans tous les cas la Femme (vous comprendrez que, dans ce contexte, la majuscule s'impose) est passive, stupide, etc. Et inversement l'Homme est actif, courageux, etc. Je n'irais pas jusqu'à dire "intelligent". Il y a des fantasmes auxquels même le Heavy Metal a la pudeur de renoncer. En fait, il est amusant de constater que, comme les intégristes qui le dénoncent comme satanique, le Heavy Metal croit que les différences de rôles de genre sont profondément ancrées dans la nature des choses. On trouve encore des tas de trucs marrants dans le Heavy Metal. L'homophobie évidemment. Dans ce haut lieu de la fraternité virile, dans cette grande confrérie d'hommes hésitant entre l'option "muscles d'acier et tout de cuir vêtus" (et je ne vous parle même pas de Judas Priest, Mötley Crüe et bien d'autres et de leurs mignons accessoires S.M.) et le glam le plus effronté (pantalons moulants aux couleurs vives, maquillages chargés, platform shoes, trucs en plumes, etc.), dans ce mâle public dont les jeux de scène préférés sont le corps à corps viril et l'imitation de la masturbation par les guitaristes du groupe (avec la guitare dans le rôle du sexe, je suis sûre que vous voyez à quoi je fais allusion), bref dans ce milieu tout en retenue dans les rapports homosociaux, il ne fait pas bon être homosexuel. Et Freddie Mercury, le défunt chanteur de Queen, alors? Soyons sérieuses! Il vous avait frappé par son attitude militante, voire par sa simple honnêteté sur sa sexualité? Qui savait qu'il était homo (en fait bi) avant qu'il ne révèle qu'il était en train de mourir du Sida? Bien sûr qu'on compte des homos dans les rangs du HM, comme partout ailleurs! Cela ne les blanchit pas pour autant. D'ailleurs, comment le Heavy Metal pourrait-il ne pas éprouver de la haine pour des gars qui, c'est dans leurs gènes, passent leur temps à écouter du disco? Je vous le demande! "Et les lesbiennes?", me direz-vous. Les quoi? Passons! Ah ! Un point pour eux, ils ne sont pas racistes... ou bien (suspense insoutenable) sont-ils tellement ethnocentriques qu'ils n'ont pas pensé à exprimer clairement leur point de vue sur la question ? A ce sujet je me contenterai de mentionner leur attrait pour la mythologie médiévale anglo-saxonne/nordique et ses grands barbares blonds aux yeux bleus. Un pur hasard, personne n'en doute. Ce qui me fait penser, pour revenir à notre sujet, qu'ils ont aussi un léger problème d'androcentrisme (c'est-à-dire qu'ils sont principalement centrés sur les hommes - ce qui, quelque part, est une bonne nouvelle, je le concède). Pour citer l'ouvrage de Deena Weinstein (Heayy Metal, a cultural sociology ), hormis les textes consacrés au sexe (et encore...) on peut penser que les paroles des chansons ne mentionnent des femmes que dans le (vain) espoir de conquérir un plus large public féminin. Et ceci ne vaut bien sûr que pour les groupes de 'lite' metal (équivalent approximatif de ce qu'on appelle plus couramment Hard FM), ces renégats vendus aux maisons de disques. Pour les vrais, les purs, ne pas parler des femmes (hormis un sac foutre de temps en temps s'entend) reste quand même la meilleure approche possible de la question. Autre gadget distrayant du Heavy Metal : son culte de la puissance. Puissance sonore déjà, mais pas que ça. Vous avez déjà remarqué à quel point ces sympathiques individus suent? Figures grimaçantes des guitaristes en plein effort, corps trempés de sueur, énergie délirante déployée par le batteur, chanteurs accumulant les allez-retours en travers de la scène et les mouvements qui tiennent de l'exploit sportif. Ça va de soi ? Comparez un instant leur attitude avec celle des musiciens de jazz ou de pop sur scène. Moi, j'en conclus qu'on peut tenir une guitare sans posséder des muscles d'exception et que le spectacle ne passe pas obligatoirement par la prouesse physique. En vérité, le truc c'est, là encore, qu'il s'agit de montrer qu'on est de vrais mecs; que pour faire du HM il faut de la force et des couilles. Comme l'explique si bien Manowar: "c'est un problème dans un groupe de Heavy Metal comme nous si t'as un batteur qui tape comme une nana". Je comprends bien. D'ailleurs, pour en rester à Manowar (groupe affligé d'un look style: Conan le Barbare, épées inclues), vous savez ce qu'ils déclarent sans rire? "Ces épées sont le symbole de la puissance. Comme on est le groupe le plus puissant du monde, ce symbole est le nôtre aujourd'hui". Je ne vous ferait pas l'injure d'expliciter le contenu sexuel à peine voilé de cette brillante déclaration. Ce qui m'amène à vous soumettre un des surnoms donné au Heavy Metal: Cock Rock, soit le Rock Bite. Amusant, non? Toujours dans la série "on est des purs mâles et le premier qui dit le contraire je lui explose la tête", vous êtes-vous jamais demandées pourquoi il n'y a pas de danse Heavy Metal ? Pas dur. Comme nous l'explique (plus savamment) Deena Weinstein, la danse c'est un truc de tapette, ou un truc pour draguer les gonzesses. Et on est pas là pour s'occuper des meufs mais pour prendre du bon temps avec nos potes. Alors on danse pas. CQFD. Tout juste bouge-t-on la tête en rythme (Headbanging) ou fait on semblant de jouer de la guitare dans le vide. Voilà, voilà. Après tout, le ridicule ne tue pas, hein Voilà donc grosso modo ce que l'on peut reprocher au Heavy Metal. Et malgré tout ça, il y a des filles qui s'y intéressent. Elles sont peu nombreuses dans le milieu et on aimerait d'autant plus les défendre. Mais y'a rien à faire. Si les filles du public s'en sortent parfois pas mal, celles qui jouent dans des groupes semblent ne pas pouvoir s'extraire des poncifs misogynes du genre. Détaillons un peu. Les femmes constituent une partie marginale du public, quoique ça s'améliore lentement depuis l'époque héroïque où le chanteur d'Aerosmith déclarait : "les seules filles qu'on voit à nos concerts ce sont celles qui nous taillent des pipes dans le bus après le show." Il y a même maintenant des organisation de fanes. Ainsi le Chicago Women's Rock Club. Leur devise : "Let them know that you're no bimbo" (Faites leur savoir que vous êtes pas une poule/une poupée gonflable/un corps sans cervelle). Bonne chance. Bon, ceci dit, d'après ce qu'on m'en dit, on peut quand même se faire une place vivable dans ce monde, pour peu qu'on la joue pas sexe. Pour celles qui essayent d'avoir un rôle actif sur la scène UM, par contre... Certes, une voie est ouverte : elles seront (Ô surprise) chanteuses. Ozzy Osbourne, le premier chanteur de Black Sabbath, l'explique très bien. En fait, " les filles ne sont pas faites pour le hard". A la rigueur, "elles peuvent chanter du Heavy, mais en jouer... " N'exagérons rien. Certaines s'obstinent néanmoins et se replient sur la seule autre alternative disponible : le groupe féminin. Ça peut marcher. The Runaways (groupe dont sont originaires Joan Jett et Lita Ford), Vixen, Girschool, pour n'en citer que quelques-uns, ont obtenu un réel succès et même une certaine reconnaissance. Mais c'est pas facile. Pour commencer, il va de soi que, pour réussir comme chanteuses ou comme interprètes, il leur aura fallu, en plus des qualités musicales normalement exigibles, s'être pliées à l'un des deux moules féminins évoqués plus haut : la pute hypersexuée (rôle qui échoit généralement aux chanteuses, que le groupe soit mixte ou non), "vêtue" d'un string et de morceaux de scotch noir sur le bout des seins (Wendy O'Williams) ou d'un "costume de danseuse des Folies Bergères passé au hachoir à viande" (Lita Ford ou Vie Wright) ou, deuxième option, le garçon manqué "qui joue de la guitare comme un mec" (Joan Jett dixit). Elles auront ensuite dû braver, raconte la chanteuse de Vixen, la méfiance de leurs collègues mâles, le manque d'intérêt total des maisons d'édition et, cerise sur le gâteau, les fans qui tentent régulièrement de s'introduire dans leur chambre d'hôtel. On vient sans doute d'évoquer là le point qui fait que je n'ai pas trouvé (mais je ne demande qu'à être mieux informée) de groupe féminin qui soit teinté d'une once de féminisme: le marché ne s'y prête pas. Du point de vue des maisons de disque (et on ne peut pas les en blâmer compte tenu de la virulence sexiste du discours du HM), quand on écoute du HM, c'est aussi pour profiter de la dose réglementaire de misogynie qui l'accompagne. Et vu qu'il y a peu de production/distribution 'amateure' dans le genre, il n'y a pas d'alternative pour les groupes qui voudraient proposer autre chose. Reste une dernière question : existe-t-il des groupes voulant proposer autre chose que la soupe réactionnaire qui fait le lot quotidien du HM ? Pas sûr. A la différence du punk ou du folk (deux foyers musicaux de groupes féministes), le Heavy Metal n'est pas un style politisé. Au contraire, aurait-on même envie de dire. Pourquoi, dans ce cas, supposer qu'un potentiel féministe, suffisamment articulé pour s'opposer à l'ensemble du mouvement, y existe? En fait la misogynie me parait à ce point constitutive du genre, qu'on peut même se demander si du Heavy Metal féministe ou simplement égalitaire serait encore identifié comme du Heavy Metal. Pour conclure sur une note gaie, je vous raconterai une charmante anecdote que je suis pas arrivée à caser ailleurs dans l'article : saviez-vous que la consommation forcenée de bière (un must du symbole viril selon le HM) combinée à la sympathique et si masculine habitude de pisser n'importe où (pour marquer son territoire?) font que, lors de certains grands concerts, les organisateurs prudents disposent de la litière pour chats tout autour de l'arène ? Avouez que vous auriez regretté de ne pas savoir ça. Anne Références : Deena WEINSTEIN : Heavy Metal, a cultural sociology, Lexington Books, New York, 1991. Philippe BLANCHET: Heavy Metal story, la bible du Hard Rock, Calmann-Lévy, Paris, 1985. Laurent CHALUNOEAU : Fuck, Grasset, Paris, 1991. Disponibles aussi dans notre Marie Pas Claire n°12 sur
la musique : des articles sur le classique, le punk, le rap, les Spice
Girls, une entrevue avec Team Dresh, plus une liste de compositrices très,
très, très longues. Marie Pas Claire Sinon vous pouvez aussi écrire chez moi : Maïa TOURRETTE
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