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TRAVAIL, FAMILLE, PATRIARCAT Une famille se compose d'un homme, d'une femme, de 3 enfants, d'une voiture, d'une télé et d'un chien, unis par les liens sacrés du mariage. C'est. un cadre idéal, où chacun-e se sent bien, protégée, épanoui-e. C'est l'aboutissement de la recherche du bonheur. Voilà le modèle qu'on voudrait nous vendre, qu'on nous présente comme naturel, normal et universel. Vendre est bien le mot puisque depuis que ce type de famille s'est développé, au cours du siècle dernier, l'Etat n'a cessé, par des mesures restrictives ou incitatives, de vouloir l'imposer comme modèle unique. De la politique de Vichy, illustrée par le célèbre "Travail, Famille, Patrie", aux efforts des derniers gouvernements notamment ceux de Codaccionni ("La famille est le pilier de la société et la femme est le pilier de la famille"), les politiques familiales se sont obstinées à faire vivre ce modèle, qui, s'il était vraiment "naturel" ne nécessiterait pas de telles mesures.C'est bien qu'il doit présenter des intérêts particuliers. Notamment, la famille joue le rôle d'instrument idéologique au service de l'Etat, particulièrement dans le dressage des enfants et présente des intérêts d'ordre économique dans lesquels on utilise le cycle des générations : production d'enfants pour payer les retraites, utilisation de la "solidarité familiale" pour camoufler les carences de la protection sociale, travail non payé des femmes, etc., etc... Cette famille se caractérise par les rôles bien définis dévolus aux hommes, aux femmes et aux enfants (par ordre hiérarchique !). Les autres modèles familiaux Si la société dans son ensemble persiste à ne reconnaître que la famille patriarcale, hétérosexuelle, nucléaire et féconde, il n'y a pas pour autant un seul modèle familial. Il y a des modèles familiaux, qui fluctuent selon le lieu, l'époque, le type de société et à l'intérieur même des sociétés. Ainsi en France aujourd'hui, on compte 13% de familles monoparentales (17% en Europe) ; le célibat est en augmentation (26 % des femmes et 31 % des hommes de 25 à 45 ans). Le nombre des mariages est à la baisse (250 000 en 94 contre 415 000 en 72), et ils sont de plus en plus nombreux à aboutir à des divorces : 1 mariage sur 3 en 94, contre 1 mariage sur 1 0 en 70). Ces familles recomposées, monoparentales, issues du concubinage, même si elles peuvent représenter une avancée, puisqu'elles prennent plus en compte le choix des individus, ne constituent cependant pas la panacée ultime contre le patriarcat. Ce n'est pas parce qu'une femme vit en concubinage que la répartition des tâches ménagères sera meilleure au sein de son couple ; ce n'est pas parce qu'une autre est divorcée qu'elle consacrera moins de temps à l'élevage de ses enfants. Ce n'est pas parce que les marins-pêcheurs bretons passent la moitié de leur temps loin du foyer que leurs épouses sont libres et que la Bretagne est tout à coup devenue un matriarcat. Certes il y a eu des avancées aussi bien dans les mentalités (on ne lapide plus les filles-mères) que dans la législation. Rappellons quelques dates : - 1966 : l'épouse peut exercer une activité professionnelle sans l'autorisation de l'époux. - 1967 : la pilule est légalisée. - 1970 : l'autorité paternelle est remplacée par l'autorité parentale. - 1972 : les femmes mariées peuvent contester la paternité du mari et reconnaître un enfant sous leur nom de naissance. - 1975 : le lieu de résidence est choisi par les deux époux. - 1975 : Légalisation de l'avortement. - 1983 : la France ratifie la convention intemationale sur l'élimination des discriminations à l'égard des femmes. - 1984 : les époux sont égaux dans la gestion des biens de la famille et des enfants - 1985 : il devient possible d'ajouter au nom du père le nom de la mère en nom d'usage (ce n'est encore qu'un nom d'usage!) - 1989 : les enfants peuvent dénoncer l'inceste dans les dix ans qui suivent leur majorité. - 1990 : la première condamnation pour viol conjugal est rendue. Ces réformes ont constitué un réel progrès pour les femmes. Cependant, elles se contentent d'aménager l'oppression des femmes sans aborder les questions de fond. Elles ne s'effectuent pas dans le contexte d'une remise en question du patriarcat. L'immigration peut également importer en France d'autres modèles. Les maghrébins par exemple ont une autre conception de la famille. Il n'est pas rare de rencontrer dans un même foyer plusieurs couples, la famille nucléaire n'étant pas la référence. Les jeunes maghrébines se retrouvent donc face à deux modèles : celui de leur société d'origine et celui de la société dans laquelle elles se trouvent. Dans l'un, leur époux sera le choix des parents, dans l'autre, elles pourront décider de leur vie de famille. Mais même si ces modèles diffèrent dans leur forme, le patriarcat sera toujours l'ennemi principal. Oppressions dans la famille : Loin d'être le hâvre de paix que l'on voudrait nous présenter, la famille est aussi le lieu d'oppression par excellence. La formation des individus, le dressage, s'y fait par l'apprentissage de la hiérarchie, de la soumission à l'autorité. C'est au sein de la structure familiale que s'enracinent et se perpétuent deux ordres considérés comme naturels, la différence des sexes et la différence des générations, ainsi que l'ordre social qui distribue les individus selon des positions sociales hiérarchisées en créant des classes. La famille forge l'identité sexuelle de ses membres, en imposant à chacun-e des modèles de femmes et des modèles d'hommes, des rôles féminins et des rôles masculins à travers lesquels chacun-e doit construire son identité de femme ou d'homme, de mère et de père. (Différences de socialisation dès les premiers jours de la vie.) Ce sont donc les parents qui dressent les futurs adultes en faisant intérioriser son sexe social à l'enfant en renforçant les comportements appropriés à son sexe, si nécessaire en y alliant la violence. Elle est le lieu d'apprentissage des normes. Elle offre un modèle d'identification qui est restreint à l'hétérosexualité, à la mise à disposition totale des femmes dans le meilleur des cas et à leur soumission totale dans le pire des cas. La famille est le lieu d'exploitation par excellence du travail des femmes. Elles y produisent un travail non reconnu, invisibilisé, gratuit, supérieur en quantité à l'ensemble du ravail professionnel (42,7 milliards d'heures consacrées à l'entretien des familles contre 38,8 milliards d'heures pour le travail professionnel). On n'a pu commencer à le chiffrer qu'à partir des années 70 à l'aide d'enquêtes de budget-temps, très difficiles à mettre en place en raison de la variété des activités du travail domestique. Mais à partir de ce moment-là, on a pu évaluer la richesse produite et donc des revendications légitimes des néoféministes ont été portées sur la prise en compte dans le PNB de cette richesse. Le temps passé à l'entretien des familles est quasi exclusivement celui des femmes. C'est aussi le lieu de toutes les violences. Femmes et enfants battus sont une réalité souvent occultée. Les femmes qui refusent de se soumettre à .exploitation ou aux violences doivent souvent faire face à la précarité. Par exemple, les foyers d'urgence sont pleins de ces femmes victimes de violences qui ont décidé de quitter leur domicile et leur agresseur. Marie Pas Claire CONTACTEZ-NOUS !!! Pour soutenir les pauvres féministes, par exemple en leur achetant leur magazine auto-produit avec leurs petites mains frêles, sur lequel elles ont travaillé 20 heures par jour dans des ateliers, c'est chez : Marie Pas Claire |