DIEU, LA FAMILLE ET MOI

Pourquoi fait-on des enfants ? Pour surpeupler un peu plus une planète déjà exsangue ? par amour ? par bonté ? par cruauté ? parce que c'est si mignon quand c'est petit ?

Non ! L'humain se reproduit pour une raison fondamentale : éprouver la manière dont nous sommes venu-e-s au monde. Qu'elle soit classique et hétérosexuelle ou bien qu'elle aborde l'une de ses nombreuses variantes, une famille c'est d'abord un espace social où ses auteur-e-s reproduisent plus ou moins fidèlement la façon dont eux mêmes sont sortis du néant cosmique pour affronter l'espace-temps existentiel. C'est aussi bête et fondamental que cela.

Après, on peut y trouver du plaisir, et même beaucoup, parce que les enfants c'est formidable ( pourvu que mon spécimen supporte d'attendre son goûter 5 minutes et me laisse finir mon article...). La question est : pourquoi un phénomène aussi naturel, pour ne pas dire aussi banal, que deux personnes partageant leurs informations génétiques pour se reproduire est-il devenu l'étendard des groupuscules d'extrême droite ? Comment Raymonde et Marcel (ou bien Simone et Ginette, ou Georges et René) s'y sont elles/ils pris pour cristalliser à ce point les haines contradictoires des hordes de cul bénis fascisants?

Familles : vous devez être strictement hétérosexuelles, vous devez vous reproduire jusqu'à ce que mort de la femelle s'ensuive, sans exercer le moindre contrôle sur votre fécondité; enfin vous ne devez surtout pas prendre de plaisir dans une pratique qui, qu'on le veuille ou non, est de nature sexuelle, ce qui est une sacrée gymnastique. On ne m'ôtera pas l'idée que dieu est un pervers. La problématique est d'autant plus surprenante que : famille = enfants = sexualité. Or, pour les chrétiens, l'idéal c'est : pas de sexualité, donc pas d'enfant, donc pas de famille du tout. On n'est pas loin du double-bind. Alors de quoi se mêlent-ils?

Si la Famille est entendue dans le sens strictement hétérosexuelle, monogame (du moins, pour les femmes) et patriarcale, c'est parce que pour devenir père, un homme doit s'en tenir à la parole de "sa femme". Elle seule sait quel enfant elle met au monde et à priori de qui est cet enfant. Mais lui est dans le flou et l'abstrait. En dehors de la rigidité patriarcale instituée par le mariage, un homme devient père par la parole de sa compagne, ce qui implique amour et confiance mutuelle, toutes choses qui hérissent le poil des ultras religieux car ils consacrent l'influence de la femme et l'importance de l'harmonie sexuelle. De plus, pour les monothéistes, faire un enfant revient à voler quelque chose à dieu le père, puisque lui seul serait fécond et responsable de la création toute entière. Les humains sont coupables d'enfanter puisque ce faisant ils volent à dieu une parcelle de son pouvoir. Les parents doivent donc lui restituer son bien, un acte perpétré par le baptême, la circoncision, et toutes les pratiques par lesquelles l'enfant "volé" est restitué à son "créateur". Cette culpabilité parentale est du reste supportable, religieusement parlant, à condition qu'elle s'exprime en dehors de la volonté des parents, surtout celle des mères, dans le strict cadre de la famille patriarcale.

Mais lorsque nous, Cro-Magnons du futur XXIe siècle après le Grand Névrosé, décidons d'avoir un enfant à notre manière c'est à dire : si je veux, quand je veux, combien je veux et avec qui je veux, voire même de ne jamais faire d'enfant du tout, nous commettons un acte blasphématoire. Contrôler sa fécondité au moyen de la contraception est un crime religieux car cela revient à s'exprimer comme dieu, c'est à dire à prendre la liberté de ne pas le faire. C'est le blasphème suprême, il revient à se dire égal-e de dieu, car lui seul a le privilège de rester sourd aux humains et de ne pas exprimer sa divine présence. Voilà pourquoi les fanatiques antiavortement sont farouchement opposés à la contraception alors qu'au contraire la logique voudrait qu'ils favorisent la contraception, seul moyen de limiter le recours à l'avortement.

Les partisans de la Famille-étendard du fascisme rampant sont antiféministes, mais il faut admettre qu'ils sont nombreux à être... des femmes. Si tant de mégères de droite tendance extrême "divinisent" le rôle de mère c'est qu'elles ont complètement intériorisé cette erreur symbolique qui consiste à confondre vagin et utérus (ce dernier, répétons-le n'est pas un organe sexuel). L'enfant qu'elles élèvent devient un substitut du pénis. Ce sexe dont elles se croient dépossédées puisqu'on le leur a tellement répété. Ces enfants-pénis sont leur unique raison de vivre, leur récompense, leur sacerdoce. Pauvres gosses "gardes-fous", chargés d'endiguer une pathologie aussi lourde, quand grandir est déjà un boulot à plein temps. Ces mères-là sont des femmes eunuques, hystériques de la maternité, soldates de la castration féminine, éternelles casses-ovaires des féministes!

La famille, dans l'idéal, ce n'est pas seulement l'endroit où l'on élève un enfant, c'est aussi un espace social qui institutionnalise l'interdit de l'inceste, cette loi qui nous a fait sortir du règne animal. Mais la Famille-étendard des religieux est-elle aussi stricte envers le respect des enfants qu'elle n'institue le pouvoir du père ? Bien sûr que non ! Les textes sacrés condamnent l'inceste mais il s'agit de l'inceste indirect cher aux peuples dits primitifs : celui qui consiste pour un homme à (lui interdire d') épouser la femme de son frère ou la femme de son père.

L'inceste direct (un père abuse de sa fille, ou de son fils), et la pédophilie en général, ne sont pas évoqués donc pas condamnés ni par la Bible ni par le Nouveau Testament ni par le Coran, alors que ces textes réglementent la vie des croyants et dressent la liste des interdits dans leurs moindres détails. Il faut attendre 1972 pour voir apparaître une timide condamnation des abus sexuels envers les enfants dans Vatican II. Page 486 du "catéchisme de l'église catholique", quatre lignes condamnent la pédophilie et les pratiques incestueuses directes, quatre malheureuses lignes pour un volume de 600 pages, glissées dans un même paragraphe entre les crimes de la polygamie et de l'union libre !!! (l'union libre est réprimée sur 21 lignes!). Et c'est tout pour le plus grand des crimes commis en ce siècle dont des millions d'enfants sont les victimes invisibles et muettes. Simplement parce que la sacrosainte famille en est le plus souvent le théâtre, et le père (substitut de dieu), l'auteur. Rappelons que Vatican II est un texte considéré comme "gauchisant" tellement il paraît audacieux (les juifs sont nos amis, les femmes sont formidables, etc.).

Pour conclure cette ode à toutes celles et tous ceux qui baisent sans autorisation papale, mettons en scène une grave question existentielle :

Marcel : - Je te bine le cul ou je te bine le con ?

Raymonde : - Et pourquoi choisir ? Concul-bine-moi.

Eh oui, comme Raymonde et Marcel (ou Ginette et Simone ou Georges et René) faites vous con-cul-biner!

Sophie


Amusant, non ? Alors une petite devinette : cet article sort-il de notre numéro 10 sur la famille ou de notre numéro 11 sur la religion ?

Réponse : la famille.

Et pour en savoir plus sur la famille et le patriarcat, la violence, la précarité, et aussi sur les Assises des droits des Femmes, c'est à

Marie Pas Claire
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