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INTERVIEW DES JEUNES LIBERTAIRES
Les Jeunes Libertaires de Toulouse sont proches de la C.N.T/A.I.T. Ils tiennent une permanence à leur local au 7, rue St Rémésy de 15 heures à 19 heures. Vous pouvez commander leur excellent cannard « Il était une fois la révolution, con! » au prix de 5 frs port compris à leur adresse.
1) Storm:Bon, tout d'abord, si vous voulez bien vous présenter: historique, qui est aux J.L, contre quoi vous vous placez?
2) S: Comment sont organisés les J.L?
3) S: Quelle est votre implantation sur Toulouse: on vous connait bien? Etes-vous "présents" et actifs? Quel terrain privilégiez-vous (lycées, facs, endroits publics, manifestations,...)?
J.L: On essaie d'être un maximum présent dans les lycées et les facultés: on tient quand même deux tables de presse (une à la fac de science Paul Sabatier et une à la fac de lettres au Mirail). Mais sinon, pour l'implantation sur Toulouse, tout dépend du nombre de militants et d'activités qu'on peut fournir: il ne s'agit pas de s'épuiser pendant 6 mois pour repartir ensuite à zéro. On participe aussi à des interventions ponctuelles sur la voie publique. Dans les lycées, on commence à être reconnus, pareil dans les facs, même si c'est un peu plus dur...
J.L: On se rattache beaucoup à l'anarcho-syndicalisme mais on se positionne dans un point de vue "collectif" car pour être révolutionnaire, il faut se la jouer très collectif. Au sein du groupe, on a à peu près la même vision "pratique" de l'anarchisme; après, à la question "que serait une société libertaire?" ou "que serait l'éducation libertaire?" et tous un tas de trucs, on essaie d'en débattre entre nous car on a tous notre vision des choses.
5) S: Quels moyens vous donnez-vous pour arriver à ce but? Comment agissez-vous et contre quels modes d'"actions" êtes-vous?
J.L:
Nos moyens d'action sont les journaux (on édite un bi-mensuel "Il
était une fois la Révolution, con!" 5frs à notre
adresse), les tractages, les tables de presse dans les facs, des concerts
parfois (deux concerts organisés ces deux dernières années);
on essaie aussi d'organiser des débats internes et externes. Disons
qu'on fait un travail de propagande pour véhiculer le plus grand
nombre d'idées possibles, sans perdre de vue le côté
"pratique" de la chose. Il y a un minimum de tentative d'organisation
et de fonctionnement "libertaire". En ce qui concerne le journal,
quand on a un premier contact avec les gens, on le leur donne parcequ'à
chaque numéro, il y a une vision assez large de ce qu'on pense;
le journal est axé sur le travail de propagande, c'est un très
bon outil. Il est tiré à environ 250 exemplaires mais sa
diffusion est probablement plus large (voir liste de Blackhart
; ) nda). On se place contre : - le terrorisme : le
problème fondamental avec ce mode daction , cest que
cest quelque chose qui est complètement coupé de la
population, cest à dire que cest une action gratuite
qui fait certainement bien plaisir aux militants de ce genre de mouvement,
mais qui na pas dimpact autre quun impact négatif.
De plus, la plupart du temps, le terrorisme est non-ciblé, et complètement
ingérable par la base. Or, quand on voit lhistoire du mouvement
libertaire, on remarque que cest quelque chose qui a été
extrêmement manipulé du fait de la clandestinité,
et cest pour cela quà chaque fois quon a voulu
casser un mouvement libertaire, on y est parvenu en lui foutant sur le
dos des histoires de terrorisme, avérées ou pas. Dans notre
société, si on fait quelque chose de ce genre, on se fera
descendre et tout ce quon aura fait naura servi à rien.
- la pseudo-radicalité : par exemple, à la fin des manifs, quand 300 gonzes balancent des coktails molotov... Et finalement, ce dont on se rend compte avec un minimum dexpérience, cest que ceux qui lancent des coktails molotov ou qui vont samuser à se battre contre les keufs sont rarement des militants : les personnes se font pousser par certains militants qui se mettront ensuite en retrait ; ils les chauffent mais ne passent pas eux-mêmes à laction. Et après, le plus souvent, il ny a aucun suivi juridique pour ceux qui se sont fait arrêter. Donc, ça ne sert quà se faire embrouiller par les flics, et de plus, c'est aussi coupé de la base : cest pas allant se friter avec les keufs quon sera gagnant, cest laction de masse seule qui est gagnante contre tout ça. Par là, nous sommes contre cette pseudo- radicalité , même quand il y a des gens qui font des affiches du style un keuf = une balle ...On a du mal à percevoir à quoi ça sert. On se situe sur un niveau beaucoup plus social -une organisation collective- car cest la seule façon de renverser quoi que ce soit.
- lactivisme : lécueil où il ne font pas non plus tomber, cest lactivisme, qui a les mêmes inconvénients que le terrorisme même sil est moins violent. Lactivisme, cest de présenter partout, dans toutes les manifestations, dans tous les mouvements où on peut intervenir, dans toutes les actions bien médiatisées,... Or, cest le meilleur moyen de sépuiser sur des impacts qui sont très limités, genre les collages daffiches, tout le temps des manifs, etc... Et puis, ça fait aussi un matraquage idéologique. Le but est de toucher les gens et pas de se faire plaisir. Après, théoriquement, on a plus le temps de débattre ensemble de certains points ; bien souvent, on se rend compte que les groupes ultra-activistes ne restent pas longtemps : ils explosent.
6) S : Il y a eu une scission entre la C.N.T-Vignoles et la C.N.T/A.I.T : pourquoi une telle scission ?
J.L: Il y en a deux: - ceux qui sortent du mouvement social, qui sont en dehors, et qui font de la théorie pour de la théorie: ils se vivent comme des gardiens du temple et comme des doctrinaires de l'anarchisme, mais en fait l'action est nulle. C'est à dire qu'il n'y a pas de volonté d'aller vers les gens (ça peut être représenté par le courant actuel de la Fédération Anarchiste). - l'activisme gauchisant qui peut être représenté par le Scalp (donc des gens qui se revendiquent libertaires): le problème fondamental est que si la majorité des groupes "libertaires" affichent la démocratie directe, l'autogestion et tout le reste, ils ne la pratiquent pas dans les faits... Et ça, c'est pas normal: on peut pas aller vers les gens en professant une idéologie et faire exactement le contraire dans son propre groupe. Il y a aussi des errements de stratégie très forts, genre la plupart des gens qui sont à la FA (Fédération Anarchiste) sont dans des syndicats cogestionnaires style C.F.D.T, C.G.T, SUD et j'en passe et des meilleures. Il ya aussi des alliances internationales douteuses, genre la FA qui s'allie avec la C.G.T Espagnole qui syndique les flics et les matons alors qu'ils se revendiquent anarcho-syndicaliste!
8) S: Comment vous financez-vous?
J.L: D'abord, il y a les cotisations mensuelles qui sont la principale source de revenus (10frs par personne). Après, il y a la vente des brochures et des journaux. Et puis, ces deux dernières années, on a fait des concerts de soutien. Cet argent est utilisé par exemple dans le cas où l'on fait des tracts et qu'on nous renvoie le bas du tract (pour une demande de renseignements sur le groupe ndlr), on envoie trois numéros de notre journal gratuits sans rien demander; donc à force, on a un petit listing de contact qu'on essaie de relancer par exemple avec les débats et tout ça... En tout cas, on le garde pas pour nous l'argent!
9) S: Vous occupez-vous de luttes "parallèles" (sexisme, guerres, homophobie, nucléaire...)?
J.L: On ne considère pas ces luttes comme des luttes parallèles: en fait le sexisme, les guerres... sont des conséquences de la société actuelle et comme nous luttons contre cette société, on lutte aussi contre ça, mais on l'intègre dans notre réflexion, on ne fait pas ça de manière fragmentaire. C'est à dire que quand on lutte contre l'homophobie, ça a une signification dans notre combat contre cette société. En fait, c'est pas uniquement de dire: "ben, l'homophobie, c'est pas bien, on va lutter contre ça", c'est plutôt de dénoncer la religion (qui est le pilier fondamental de l'autoritarisme et de cette société) qui véhicule ce genre d'idées intolérantes. On remarque donc que dans toutes ces idéologies foireuses, c'est vachement le jeu du pouvoir (et c'est bien entretenu) qui vise à une division très forte. Si tu veux, c'est aussi la même chose quand on attaque sur quelque chose d'antofasciste, on prend aussi soin dans un tract d'expliquer que le fascisme, c'est pas là par hasard, que c'est une conséquence de notre société, qu'il y a certaines personnes au sein de la classe politique qui l'entretiennent bien ce fascisme car il fait leurs voeux. Donc on prend aussi soin d'expliquer que le fascisme, c'est pas le problème fondamental: oui, c'est un problème, mais c'est une conséquence, c'est pas la cause de tous les problèmes. Et le sexisme, ça relève de la même démarche. Toute notre propagande sur ces luttes que tu nommes parallèle justement, c'est de les relier en fait avec la société... et ne pas en faire un point de fixation comme ça.
10) S: Avez-vous quelque chose à rajouter?
J.L: Oui, nous serons ravis de vous rencontrer lors de nos permanences/réunions tous les samedis pour pouvoir discuter et pourquoi pas, vous faire venir dans le groupe.
*Certains JL sont pourtant végétariens . |